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Médiation animale et Autisme

Il y a des enfants qui nous touchent particulièrement en médiation animale. Bien que cette relation soit complexe, déroutante et souvent emplie de remises en question à chaque fin de séance, je voulais partager avec vous cette expérience avec ma petite Etoile Filante de 8 ans que je connais depuis bientôt 2 ans et qui a des troubles autistiques.

 

Son univers ? Des "nons" qui veulent souvent dire "oui" ; des gestes brusques qui sont dans sa réalité des caresses ; des menaces de nous taper (quand ils ne finissent pas par tomber) l'expression de sa joie de nous revoir ; des bisous pour se faire pardonner ses excès de violence incontrôlables tellement l'émotion envahit ce petit corps dont le toucher est épidermique.

 

Elle arrive très excitée comme à son habitude. Le premier contact est "frappant", et quelques coups de pieds dans ma cheville me confirme que mon Etoile filante est en pleine forme. Une fois le cadre redonné - "on ne frappe pas" - on se dirige vers les licols et les longes pour en choisir un de chaque qui lui servira pour aller chercher son âne au pré. Et aujourd'hui comme par hasard - heu.... finalement pas tant car j'en connais une qui maltraitait ses congénères ce matin au petit déjeuner ! - elle choisit Sofia la rebelle plutôt que Kaliméro le gentil pour sa séance aux côtés de Jonathan éducateur spécialisé avec lequel nous partageons ses moments.

 

On commence par mettre le licol et d'ailleurs elle en profite déjà pour toucher "les trous de nez" de Sofia mais uniquement après avoir attendu que je lui ai donné mon accord. Sortie du parc, elle mène Sofia jusqu'à l'espace de pansage puis on fait le noeud (la boucle dans la boucle) pour l'attacher solidement ; avec même une légère impatience pour glisser le bout de la longe dans la dernière boucle pour tirer fort et verrouiller le système.

 

Elle attrape le sac de pansage dans la sellerie : ce sera le bleu aujourd'hui. On évite de laisser trainer les étrilles américaines (c'est ma grande expérience d'objets volants non identifiés qui vous parle) et on l'invite plutôt à choisir une brosse dure ou souple selon ses envies pour panser son ânesse. Elle glisse sa main dans la lanière noire au dessus de la brosse douce. C'est parti pour brosser l'ânesse ! Mais ce geste reste compliqué pour elle car il exige la mise en contact direct qui déroute, dérange, électrise ses paumes ? On la sollicite beaucoup, insiste pour provoquer puis maintenir le bon mouvement de pansage. Il est déposé quelques instants seulement mais c'est néanmoins une petite victoire car la pression sur le poil est juste comme il faut. A peine fini, on repart de nouveau dans des gestes brusques - trop d'émotions ? - : elle tape son ânesse puis revient à notre demande devant Sofia pour lui demander pardon et lui déposer un baiser sur son front où le coup a été porté. Les sabots, c'est pour cette étoile filante, une zone d'ombre ; de la curiosité mêlée à de la crainte. Persuadée que son ânesse a mal, elle me répète qu'elle "a bobo" comme à chaque séance. C'est sans doute pourquoi, elle accepte volontiers de prodiguer des soins avec le cure pied mais uniquement avec mon aide, sans vraiment maintenir une pression suffisante sur l'outil, me laissant diriger le geste. A cet instant, son attention sur le sabot est totale. Elle me demande de continuer à curer. Remarque les cailloux et le "caca" et dis que c'est "sale", que "çà pue".

 

Je lui demande ce qu'elle veut faire à présent : elle me dit "courir". J'acquiesce et l'invite à courir avec son ânesse sur le chemin qui longe l'Indre. Elle me regarde, elle sourit et c'est parti ! Quelle énergie dans ce petit bout de femme qui finit la séance en remerciant Sofia dans le parc avant de lui retirer le licol. Lavage des mains et elle est regagne avec précipitation le camion qui l'a menée jusqu'à nous ce matin. Pleinement concentrée à attacher son harnais, elle me regarde négligemment lui dire au revoir.

L'heure c'est l'heure ; il faudrait penser à aller manger...

 

"Que mange Sofia ? de l'herbe !

Et toi que manges-tu ? mes doigts."

Dit-elle les doigts dans la bouche.

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